coeur-de-pierre
coeur-de-pierre_4e

Cœur de pierre

Ebook : 6.99 
Livre Broché : 17.90 

Cœur de pierre raconte l’histoire d’une conscience à travers une génération de femmes sardes, immigrées et déracinées en Tunisie, de la colonisation à l’indépendance, en France, à Marseille, dans le Périgord noir puis à Paris, dans la solitude et la violence qu’impose un monde en mutation.

 Cette conscience va devenir un être grâce à l’expérience de la lecture et de l’écriture. Maria Malaporta le crée en effectuant des rapprochements avec sa propre vie.

Son goût pour le savoir et son combat pour la liberté animent ce personnage de l’immigrée sarde, sans terre et sans racines, marquée par la puissance du soleil et écrasée par le poids de la chaleur. Les personnages, dont la quête est l’amour sincère et juste, sont plongés dans une violence silencieuse qu’ils parviennent, soit à affronter, soit à dépasser.

UGS : N/A Catégories : , Étiquettes : , Auteur : .
Effacer
Extraits du livre

Extraits du livre

Page 1 : l’incipit

La vallée était envahie et imprégnée des rayons du soleil, qui trônait dans l’azur limpide et bleu d’un coin oublié de la Sardaigne. Au sol, aucune matière vivante ne résistait à la chaleur déchirante et déferlante. La vie semblait s’être arrêtée dans ce paysage de désolation où l’herbe devenait brindille, l’arbre s’effeuillait et se résignait à plier dans cette fournaise, que chaque jour recouvrait de son voile diaphane, vibrant et brûlant. Au fond de la vallée, la rivière était depuis trop longtemps asséchée et les pierres étaient revêtues d’une fine couche de limon, de couleur jaune, reflet de l’onde vibrante de chaleur sur terre qui s’épanouissait dans ce creux, oublié des hommes et de la vie. Même l’air était alourdi par ce brasier qui brûlait tout, jusqu’à des rochers trop fragiles pour résister aux assauts continus et agressifs du soleil.

Au détour d’un méandre desséché de la rivière, surgit une silhouette voûtée, vêtue de noir qui avançait lentement, très lentement… Une illusion ? Un mirage comme on peut en apercevoir dans le désert ? L’ombre d’un rocher animé par les rayons ardents du soleil ? Cette forme était en mouvement, se déplaçait, et semblait venir de la ferme qui se trouvait de l’autre côté de la vallée. Elle prenait la direction d’Orgosolo. Le sentier poursuivait ses limites au-delà des montagnes qui se jetaient dans la mer, et avec son plus grand allié, le soleil, engloutissait cette ombre qui rapetissait au fur et à mesure, pour donner l’illusion d’une boule, d’une pierre aux apparences d’un cœur palpitant.

Orgosolo laissait une dizaine de maisons en pierres sèches se profiler sur le flanc de la montagne. A la troisième maison, le cœur de pierre s’arrêta et frappa à la porte. Une vieille femme au visage strié par la charrue solaire ouvrit. En face d’elle, se dressait une jeune femme vêtue de noir, la tête recouverte d’un fichu en dentelle noire, écrasée par le soleil. De cette jeune femme ne brillait que ses yeux, prisonniers de cette enveloppe charnelle protégée par la couleur noire, et de ce climat qui séchait tout sur son passage, rivières et pleurs.

Un silence s’installa. Elles échangèrent un regard, et la jeune femme entra dans la maison en silence. La vieille avait préparé un café qui fumait encore. Du chaud avec du chaud, rien n’annonçait des moments frais et légers.

pp 27-28

L’enfant de la violence naquit le jour de la Toussaint, et Rosa, épuisée par l’accouchement, ne trouva pas la force de lui donner un prénom. Qui était cet enfant pour elle ? Le fruit de la violence de Sarfati qui avait poussé jusqu’à prendre racine dans son propre ventre. Elle l’a rejetée cette chose qui grandissait en elle, jusqu’à vivre chaque jour, en ne prêtant aucune attention, ni à son physique, ni à son sentiment de mère. De plus, lui revint en mémoire cette relation obscure que sa propre mère entretenait avec elle à Orgoloso. Pas de sourire, pas de parole, un silence de pierre, le silence des murs de la cuisine qui enveloppait Rosa, enfant. Elle avait peur et pleurait. Depuis elle ne pleurait plus. Ses larmes étaient devenues poussière. Elle tourna son visage sur l’oreiller et ne se préoccupa de l’enfant qui criait. Dans une stupeur terrifiante, elle ferma les yeux pour l’oublier et pour oublier sa douleur. La religieuse emporta l’enfant pour le laver et l’habiller d’un linge blanc qui sentait la terre chaude de la maison de santé. Elle prit l’enfant dans ses bras et le berça pour le calmer. Elle s’approcha de Rosa et lui demanda de découvrir sa poitrine. Rosa, sans ouvrir les yeux, obéit à la religieuse qui plaça l’enfant à son sein. Et une douleur aigue fit sortir Rosa de sa torpeur, une larme de souffrance se mit à couler le long de sa joue. L’enfant mordillait le bout de son sein, le mâchouillait, et parvint à recevoir dans la bouche les premières gouttes de lait, des gouttes de vie qui lui permettraient peut-être, dans le secret de sa mère, de ne pas connaître la vérité sur sa naissance… L’enfant se nourrissait du lait de sa mère et chaque seconde lui absorbait la vie qui la quittait peu à peu. Rosa maintenait ses yeux dans son obscurité intérieure et se plongea dans la fraîcheur de la grotte de Fatima. Elle s’endormit avec son enfant au bout du sein, sentit son corps se pétrifier, et son cœur être entièrement pierre. L’enfant continuait goulûment de manger tandis que sa mère mourait…

            Salvatore arracha l’enfant du sein de sa mère partie trop tôt rejoindre sa première femme. Il le confia à une religieuse et quitta l’hospice sans se retourner. La mère supérieure donna l’ordre aux religieuses de prier pour Rosa et pour l’enfant qu’elle abandonna, par manque de force vitale, d’amour, pour cet être de torture qui s’était imposé à elle. Rosa fut inhumée dans le cimetière des religieuses et son corps retourna à la terre en lui offrant ce qu’elle avait eu de meilleur, son dévouement. Sa fille, parce qu’elle avait eu une fille, elle ne l’avait pas su et ne le saura jamais, fut baptisée quelques jours après, dans l’amour du Christ et reçut comme prénom Maria Rosa, et comme nom, celui qui se trouvait sur le registre des entrées Malaporta. L’enfant grandit auprès de ces servantes de Dieu dans l’amour le plus complet, et dans l’attention toute particulière de ces femmes qui avait voué à Dieu leur célibat et leur chasteté. Maria était leur fille à toutes et la fille de personne. Elle apprit à lire et à compter. Matin et soir, elle joignait ses mains et priait pour l’humanité, pour le retour du Christ sur terre, pour l’amour de son prochain, pour ces conflits intestinaux qui plongeaient le pays dans la désolation et le désarroi.

p43

Le 11 Novembre, à Marseille.

           Les cours me plaisent beaucoup. Une des sœurs a été remplacée par un jeune professeur qui est venu pour 4 semaines nous faire appréhender tout ce qui se passe à l’extérieur. Son nom est Simone Vincier. Elle a fait ses études à Paris et apporte avec elle un air d’effronterie et de nouveauté. Elle nous enseigne les lettres, la philosophie et l’histoire. Son sourire dérange la plupart des élèves, trop souligné par un rouge à lèvres carmin qui dévoile une sensualité, une existence différente de celle que l’on découvre dans les romans, ou encore des mères qui ont mis au monde toutes ces jeunes filles. J’aime la regarder exposer des idées des plus libertaires par rapport aux lieux dans lesquels elles résonnent. Les murs refusent l’écho ? Moi, je les retiens. Aujourd’hui, elle m’a donné un ouvrage, sa première partie, de Simone de Beauvoir. Au fait, elle porte le même prénom que le sien. Quelle femme ! Simone de Beauvoir dès les premières pages s’affirme et confirme sa liberté de penser et de dire. Le modèle de la princesse de Clèves a bien reçu une gifle sous la plume de Simone de Beauvoir. La vertu est toujours d’actualité mais au nom de la liberté qui a rangé la raison au placard. L’indépendance de la femme au même titre que l’indépendance de la Tunisie doit se faire dans le respect et l’égalité. Les femmes qui m’entourent se sont toutes données à Dieu. Je n’en connais pas d’autres, si ce n’est Madame Vincier, qui affiche sa singularité par la couleur rouge de ses lèvres et ses cheveux détachés, tenus par une simple barrette sur le côté. De la femme, ce nouveau professeur m’en propose un autre modèle qui me plaît. La douceur ne semble pas pour autant détruite par des airs plus altiers voire effrontés, comme dirait Marie-Claude qui n’apprécie pas Madame Vincier et espère au plus vite le retour de Sœur Louise.

p60

Maria, l’année suivante, épousa Bernard. Elle porta le nom de Duval et obtint ainsi plus vite la nationalité française. Bernard, prenait soin de Maria et faisait attention à cette jeune femme qu’il avait aimée dans la violence. Il passa l’hiver dans la ferme de ses parents tandis que Maria et Marie-Claude retournèrent à l’école. A leur habitude, elles n’échangèrent aucune parole sur Bernard. Elles restèrent dans leur silence coutumier qui les réunissait cependant. Les cours se passaient pour le mieux, pour l’une comme pour l’autre. Maria était ravie d’enseigner et de transmettre tout ce qu’elle avait enfermé pendant ses longues années de lectures et de solitude. Tous les jours, elle parlait, les élèves lui posaient des questions et elle leur répondait, le sourire aux lèvres, avec une voix calme et douce. Au printemps, les parents de Marie-Claude, accompagné de leurs fils, rendirent visite à leur fille. Madame Duval respirait aux côtés de son fils, Monsieur Duval, lui, était de plus en plus courbé. Il demanda à Bernard de le soutenir dans son travail des champs, mais son fils ne s’exécutait qu’avec difficulté. Bernard donnait l’impression de retrouver quelque peu de quiétude avec l’environnement et peut-être avec lui-même. Il semblait loin, évasif, le regard perdu à tout jamais. Marie-Claude invita Maria au repas qu’elle avait préparé en toute simplicité. Bernard était placé entre Maria et Madame Duval. Au moment du dessert, une simple tarte aux pommes, Bernard effleura la main de Maria en lui tendant l’assiette. Il porta son regard sur la jeune femme et lui sourit tout simplement, le regard lumineux. Maria par pudeur baissa les yeux et se sentit emportée par ses anciennes émotions, quand cet homme l’avait rattrapée au moment de sa chute de l’escabeau. Le café fut servi et l’assemblée entreprit une promenade le long de la Dordogne par cette belle journée printanière ensoleillée.

 

5 sur 5 basé sur 4 votes client
(4 avis client)

Détails du livre

Auteur

Frédérique Mazon

ISBN Ebook

979-10-326-0656-8

Version

Ebook Téléchargeable, Livre Papier

Format Livre

180 pages

ISBN Livre

9791032601570

Les avis lecteurs
5 sur 5

4 avis pour Cœur de pierre

  1. 5 sur 5

    :

    Très prenant et plein de tant de réalités! Bravo Frédérique

  2. 5 sur 5

    :

    Livre super passionnant et très émouvant; A lire sans tarder

  3. 5 sur 5

    :

    une histoire qui illustre bien la vie des femmes pieds noir sans terre!!!

  4. 5 sur 5

    :

    Très bon livre. A lire absolument

Ajouter un Avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A propos de l'auteur : Frédérique Mazon

Frédérique Mazon

Un voyage en Sardaigne a permis à l’auteure, d’origine sarde, de découvrir une terre craquelée par le soleil et cependant entourée d’eau, une terre aride caressée par la mer... Particulièrement intéressée par la période des flux d'immigrés italiens en Afrique du nord venus trouver du travail, elle a constaté que des familles entières ont été disséminées et contraintes de se faire un nom, une identité, une place, de se faire reconnaître. Le retour sur les terres natales, pour la majorité, n'a pas pu se faire au moment de la décolonisation. Tous ces immigrés ont été appelés Pieds-noirs. Déracinés, seuls, sans travail, ils sont arrivés en France après l'indépendance des pays d'Afrique du nord. La lecture et l'écriture ont toujours fait partie du quotidien de l’auteure et ont éveillé la curiosité et l'intérêt pour l'autre. Son métier de professeure lui a permis de côtoyer les grands écrivains qui se sont lancés le défi de parler d'eux-mêmes, de mettre à l'honneur l'homme et tous les hommes, de mettre la littérature au service de la liberté et de l'affirmation de soi… Cœur de pierre renferme par son titre l'impossibilité d'exprimer ses sentiments, une forme, pourrions-nous dire, de résignation, mais tout en offrant l'espoir de laisser la vie couler à travers les pages d'un livre.