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L’Hydre et la Pieuvre : La France sous les coups de DAESH -La France, ennemie mortelle de DAESH, et après ?

Ebook : 9.99 
Livre Broché : 22.90 

Ce roman de politique-fiction est un choc. Daesh est comme l’Hydre de la mythologie. Si l’on réussit à lui couper une tête, il en repousse instantanément deux, tel un cancer incurable dont les métastases envahissent tout. Les forces irakiennes seront bientôt victorieuses à Mossoul, mais il aura toujours des loups solitaires pour nous attaquer n’importe où. Au fil d’attentats, heureusement fictifs mais qui peuvent demain être réalité tant il est facile de les mettre en œuvre, l’auteur nous convainc que nous sommes tous des cibles potentielles et que la lutte pour nos valeurs, nos libertés, nos démocraties, nos intérêts, notre patrimoine, nos vies va être longue et dure.

 Le style littéraire alterne entre roman et reportage. Le premier analyse les comportements, les forces, les faiblesses des terroristes, de nos politiques et de nos Services Secrets. Le second transforme le lecteur en journaliste pour qu’il vive sur le terrain l’effroi des attentats et la force de nos ripostes par l’image, le son et l’odeur.

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Extraits du livre

Extraits du livre

Il passa les concours internes, gravit les échelons, devint machiniste puis conducteur. Et depuis vingt-cinq ans, il fait la navette entre Paris et Lyon, aux commandes d’un TGV.

Ce jour-là, il est partagé entre l’idée qu’arrivé à Paris, il pourra enfin savourer sa retraite et celle, plus nostalgique, d’arrêter ce travail. Il a fini par l’aimer, ce travail, malgré les débuts difficiles. Amener des millions de passagers à bon port, à deux cent cinquante à l’heure, a été sa fierté. Mais cette fois, c’est la dernière et franchement, c’est aussi bien. Il en a marre. Marre de se lever à deux heures du matin, marre de travailler dimanches et jours fériés, marre de délaisser sa femme et ses enfants, marre d’être le seul maître à bord, de devoir faire attention à tout, de répondre d’un retard ou d’un incident. Durant toutes ces années, rien n’a échappé à sa vigilance : vitesse, signalisation, intempéries, distances de freinage, incidents, alarmes, avaries graves ou bénignes, et tout s’est toujours bien passé.

Jusque-là.

Il vient de dépasser la gare de Mâcon-Loché et arrive à hauteur de la Roche Vineuse. Pour franchir le viaduc de la Digoine, il réduit la vitesse à cent soixante, conformément à la règlementation. Arrivé en vue de l’ouvrage, l’insonorisation du poste de pilotage l’empêche d’entendre l’explosion. Il en voit seulement les effets et il comprend aussitôt quelles en seront les conséquences. À deux cents mètres devant lui, la travée du pont s’effondre dans le ravin. En une fraction de seconde, il actionne les trois systèmes de freinage : le pneumatique, l’électrique et le magnétique d’urgence, ce qui provoque des gerbes d’étincelles sous les essieux du train. La vitesse passe de cent soixante à quatre-vingts. Mais il est trop tard. La motrice s’engouffre dans le nuage pulvérulent qui monte du bas des piles. Il imagine sans le voir l’abîme dans lequel le train va sombrer. La locomotive plonge, entraînant derrière elle l’ensemble des wagons.

2ème extrait

Carla gardait les yeux fixés sur son écran. Jolin faisait de grands gestes en direction du bateau. Apparemment sans résultat. Cela pouvait signifier deux choses : soit qu’il n’était pas attendu, soit que l’équipage voulait s’assurer que c’était bien l’homme qu’ils attendaient. Au bout d’une ou deux minutes, un homme sortit de la cabine et lui fit signe de monter à bord. Jolin grimpa sur la passerelle.

— Maintenant, ordonna-t-elle.

Les quatre fourgons s’élancèrent en faisant hurler leurs sirènes. Quarante secondes plus tard, les gendarmes étaient sur le pont. On entendit quelques rafales sporadiques. Les Russes se défendaient. Trois matelots s’écroulèrent. Jolin et deux autres, qui s’étaient réfugiés dans le carré, ne firent pas résistance. Il monta sur le plat-bord, mains sur la nuque, suivi d’un gendarme. À ce moment, Carla arriva au volant d’une Renault 21 de la police, s’en extirpa en trombe et cria :

—    Jolin ! Je vous arrête !

La surprise fut totale. Il s’attendait à tout sauf à la voir et ne comprit pas comment elle avait pu s’en sortir ni comment elle l’avait retrouvé. Il avançait sur la passerelle quand il fut projeté en arrière. Il allait tomber à l’eau si un gendarme, derrière lui, ne l’avait pas soutenu.

— Sniper, hurla le militaire en faisant signe aux autres de se mettre à couvert.

Carla se précipita sur le ponton pour constater qu’il avait un trou rouge sur le front. Elle souleva la tête. Derrière, le crâne avait éclaté. Des débris de cervelle et d’os se mêlaient à un flot de sang.

— Merde ! laissa-t-elle échapper en reposant la tête de Jolin… Capitaine, le tir vient de cet entrepôt. (Elle montra du doigt un édifice vétuste, à deux cents mètres de là). Bouclez le périmètre, vite !

3ème extrait

2 octobre, 6 heures du matin.

Il marcha toute la nuit en dégageant les broussailles à la machette. La plupart du temps, la couverture végétale l’empêcha de se guider au GPS. Il dut chercher des cours d’eau pour capter un signal. Après quatre jours de marche, l’appareil lui indiqua qu’il était à deux kilomètres de l’ennemi. Il fit alors des pauses tous les cent mètres pour faire des panoramiques à la jumelle. La végétation étant moins dense à cet endroit, il ne tarda pas à repérer des silhouettes à quatre cents mètres devant lui. Compte tenu de l’obscurité, il était impossible d’en savoir plus. Il consulta sa montre : 6 heures 05. Il se mit à plat ventre et ajusta la vision nocturne de son casque pour dénombrer l’adversaire. À la végétation clairsemée qui les entourait, Frank comprit qu’ils avaient dégagé une clairière, donc qu’ils s’étaient arrêtés pour un moment. Attendaient-ils la prochaine campagne de lancement pour se remettre en route, ou la maladie avait-elle stoppé leur progression ? On ne le saurait jamais et de toute façon, c’était sans importance.

La brume qui montait du sol l’empêcha de les dénombrer en totalité. Il ne put voir que ceux dont la tête émergeait des vapeurs. Il en compta vingt-deux, dont dix-huit d’Indiens. Ces pauvres types allaient être des victimes innocentes. C’est toujours dur à avaler en dépit de tout ce que l’administration ferait pour indemniser les familles. Les pensions, les médailles, les beaux discours et les cocoricos ne remplacent pas les morts. Il se débarrassa de son paquetage et le camoufla sous des feuilles mortes. Il ne garda que son couteau, son GPS, son FAMAS et trois chargeurs. Il rampa aussi près qu’il put dans l’espoir que la lunette du fusil, dont la définition était supérieure à celle des jumelles, lui permettrait de distinguer le ras du sol. Il en ajustait la netteté quand brusquement il étouffa un cri de douleur. Il était passé par inadvertance sur une fourmilière et manifestement les bestioles ne lui pardonnaient pas. Ne sachant comment s’en débarrasser sans ameuter le quartier, il prit le parti de les traiter avec mépris. Grand mal lui en prit. Trente secondes plus tard, son torse, ses mains et ses bras étaient en feu.

— Bordel de merde, marmonna-t-il dans ses dents !

Il se remit néanmoins à plat ventre pour refaire un panoramique et ce qu’il vit le glaça d’effroi. Au centre du campement, il y avait un corps embroché au-dessus de braises qui fumaient encore. Un petit corps dodu, comme celui d’un enfant. Frank n’en crut pas ses yeux. Il augmenta le pouvoir grossissant pour distinguer les détails. Des bras pendants démesurés, des jambes courtes et des ongles très longs. Frank comprit alors sa méprise. Le corps était celui d’un paresseux dont les Indiens sont friands… Il changea l’angle d’observation. À côté du feu, un homme, couché dans un hamac, immobile… certainement un des malades. Près de lui, un autre homme lui parlait avec force gestes. Compte tenu de l’éloignement, Frank ne put pas comprendre ce qu’ils disaient. Il saisit simplement quelques mots au passage. C’était de l’arabe. Non loin d’eux, un tas de caisses en planches, pareilles à des caissons de munitions… probablement les pièces détachées de la bombe et devant ce tas, une dizaine d’hommes couchés à même le sol. Sans doute là pour veiller sur les caisses.

Il releva les coordonnées GPS, puis revint sur sa trace, en rampant à reculons jusqu’au point où il avait posé son barda. Il s’en harnacha et s’éloigna rapidement. Jusqu’au moment où il estima être suffisamment loin pour pouvoir passer un message sans être entendu. Pour lors, il s’accroupit, sortit l’antenne et établit la liaison.

— Scorpio à Lamentin, à vous…

Pas de réponse. Il répéta trois fois avant d’entendre :

— Lamentin à Scorpio, parlez…

— Ici Scorpio. Ennemi repéré. Je répète, ennemi repéré.

— C’est sûr ?

— Affirmatif !

Frank leur donna des détails : les sentinelles armées, les caisses en bois et la langue arabe. Des arguments sans équivoque.

— Bravo Scorpio !!! Quel est ton plan ?

— Napalm. DQP ! Je répète, DQP[1] !

— Bien reçu. Quelles sont les coordonnées ?

Frank épela chiffre après chiffre, les positions qu’il lisait sur le GPS.

— Collationnez[2], ajouta-t-il.

Lamentin répéta les chiffres fidèlement.

— Correct ! Application !

— Bien joué, Scorpion, termina le lieutenant ! Les Mirages sont sur l’objectif dans dix minutes. Je répète dix minutes ! Barrez-vous !

Il fallait faire fissa. Frank chargea son matériel et se mit à courir. D’abord assez lentement, pour ne pas faire de bruit, puis de plus en plus vite à mesure qu’il s’éloignait. Mais un évènement imprévisible enraya sa fuite. À trente mètres devant lui, un homme était en train de faire ce que personne ne pouvait faire à sa place. Il stoppa net. Fallait-il le contourner ou le neutraliser ?

4ème extrait

Au cours de la nuit du 23 au 24 octobre, les Bérets Verts[3] furent largués d’un sous-marin, à cinq milles des côtes libyennes. La mer, noire et calme, se confondait avec le ciel, sans lune ni étoiles.

L’opération Siroco commençait.

Le service technique du COS les avait équipés de caissons étanches contenant les armes et les nippes, propulsés par des scooters sous-marins. Dès qu’elle eut franchi le sas du submersible, Carla s’accrocha au premier caisson venu. L’eau n’était pas son élément. À l’entraînement, elle avait eu un mal de chien à palmer jusqu’à la côte et elle ne tenait pas à recommencer. Dès que le chef du groupe, le maître-principal[4] Freddy Vernoux, eut atteint la terre ferme, il compta ses hommes à mesure qu’ils arrivaient. Dès qu’il eut l’assurance que tous étaient là, il donna l’ordre d’enfouir le matériel de plongée, les caissons et les scooters dans le sable. Ils revêtirent leurs nippes arabes, pour n’emporter que l’équipement indispensable[5].

Ils suivirent le bord de mer jusqu’au point de rencontre convenu avec les agents locaux. Ils leur serviraient de guides et de conseillers. Ces trois Libyens, fidèles au gouvernement d’union nationale, avaient été contactés par nos agents et avaient accepté de conduire les commandos jusqu’aux cibles, moyennant soixante mille dinars[6]. Vernoux devait leur remettre la somme en liquide.

À deux heures du matin, le contact fut établi. Le groupe prit la direction de Syrte. Un peu plus de dix-huit kilomètres à patauger dans le ressac. En marchant, l’un des Libyens se mit à parler :

— Je m’appelle Makhlouf Nizda.

— Moi, c’est Freddy. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

— Je suis cardiologue. J’ai fait douze ans d’études à Lyon. Je suis revenu ici en 2006. Lui, c’est Ahmed Hasadi, il est avocat et lui, c’est Lakdar Chaaba, il est boucher. On est coptes[7].

— Comment ça se présente ?

— Ça ne va pas être facile. Si on est pris, on sera crucifié. Ils te clouent à une balustrade en pleine rue et te laissent pourrir devant tout le monde, pour l’exemple. Dieu leur pardonne…

— Leur pardonner !… T’es dingue ! Faut être barjo pour leur pardonner après ce qu’ils vous ont fait, s’exclama Vernoux !! (Mais devant la grimace que fit Makhlouf, il comprit qu’il devait rectifier ses propos)… Bon, d’accord, excuse-moi… c’est vrai que Jésus a dit qu’il faut pardonner, sauf que pour moi, tu vois, c’est au-dessus de mes forces. Je ne peux pas pardonner à ces salopards. Je me contenterai de les renvoyer au Créateur !

Il accompagna sa plaisanterie d’une pichenette et faillit en rire, mais il s’en abstint. À en juger par la gueule de plus en plus réprobatrice du Libyen, il était déplacé de mélanger humour et religion. La quarantaine passée, maigre comme un cent de clous, plutôt grand pour un Arabe, les joues noircies par une barbe de trois semaines, vêtu d’une djellaba déchirée, autrefois blanche, Makhlouf marchait et parlait vite. Ses yeux noirs pétillaient de colère.

— Laisse tomber, t’as raison, concéda Vernoux… Mais alors, pourquoi tu nous aides ?

— Pour être libre de vivre comme je veux. T’as rien compris. Pas pour le fric. J’en ai pas besoin, du fric. À quoi veux-tu qu’il me serve ?

— À bouffer, tiens…

— Y’a rien à bouffer, même avec du fric. On mange des chiens et des rats, si on en trouve.

— Ah ?… Donc, le fric, tu t’en fous…

— Complètement.

— P’être qu’il peut te servir à foutre le camp d’ici ?

— Non. Moi, je reste.

— Bon alors, à acheter du matos.

— Bouhéli de Français ![8] Y’a pas d’armes à vendre. Chaque fois qu’on peut, on en récupère sur les cadavres, mais on n’a pas de munitions. C’est pour en avoir qu’on travaille pour vous.

— T’as besoin de quoi ?

— Du 7.62, du 5.56 et du 5.45, pour les Kalach… des grenades…Et des médocs aussi.

— Tu sais, c’est pas évident à parachuter, ce genre de matos. Une fois sur deux, il est récupéré par l’ennemi.

Makhlouf s’arrêta de marcher et se retourna vers Vernoux. Son visage était crispé d’exaspération.

— Et alors ? Au moins, on en aurait la moitié. Là, on n’a rien. Putain ! Tu sais ce que c’est rien ? T’as pas l’air de comprendre, on est là pour se battre ! Pas pour se faire tuer.

— Ça va ! Ça va ! Calme-toi ! J’ai compris.

— T’as p’être compris, mais ça ne changera rien.

— Je ferai ce que je pourrai.

— Ouais ! Comme ton président ! À l’ONU, il a déclaré qu’il fallait nous soutenir. Très bien ! N’empêche qu’on l’attend toujours, son soutien. (Il fit trois pas, s’arrêta, sortit la liasse de billets de sa poche et la brandit, comme s’il allait la jeter) Tu vois, ton fric, on s’en fout. Tu peux le garder, ça ne nous sert à rien. On veut des armes. Tu comprends ?

— OK, tu l’as dit. Je transmettrai ta demande… À part ça, tu vois ça comment pour demain ?

— Je t’ai dit. Ça ne va pas être du gâteau.

— Ça, on le savait déjà. Il y a quelque chose de changé ?

— Tout a changé ! Depuis février, Daesh contrôle la ville entière. Ils tuent les résistants et dynamitent leurs maisons. Syrte n’est plus qu’un champ de ruines. Ce n’était déjà pas beau après vos bombardements de 2011. Maintenant, il n’y a plus un immeuble debout. Avant, du temps de Kadhafi, il y avait soixante-dix mille habitants. Aujourd’hui, il en reste neuf mille. Les autres ont fui ou sont morts. Il n’y a plus d’eau, de gaz ni d’électricité. Plus d’essence, non plus, sauf pour eux. Tout le monde crève de faim et de soif. Les policiers, les élus, les enseignants qui ont refusé de se soumettre ont été pendus et leurs cadavres abandonnés aux chiens dans les rues. Ma famille a réussi à quitter la ville quand il était encore temps. Moi, je suis resté.

— Pour te battre…

— J’t’ai déjà dit, pour retrouver la vie d’avant. J’peux pas vivre comme ça. Je préfère mourir en combattant.

 

Vernoux resta un moment admiratif devant le cran du Libyen. Il fit plusieurs hochements de tête pour le lui faire comprendre, puis il changea de sujet. Le temps n’était pas aux louanges d’un résistant local.

 

— Comment on va entrer dans la ville ?

— On a creusé des tunnels qui communiquent avec les égouts. On y descend et on y reste jusqu’à demain à l’aube. À la sortie, on se déploie. Il faudra faire gaffe aux snipers. Ils sont partout. Faudra aussi se méfier des maisons. Ce n’est pas parce qu’elles sont en ruine qu’elles ne sont pas dangereuses. Au contraire. Tu crois t’y mettre à l’abri et boum ! Tu sautes sur une mine.

 

Cet avertissement provoqua un échange de regards entre les commandos. Ils le savaient, mais le fait de l’entendre aussi crûment n’était pas propice à les mettre à l’aise. Ils se remirent à marcher. Les propos de Makhlouf rappelèrent de mauvais souvenirs à Carla. Quatre ans plus tôt, elle se trouvait dans le même merdier, à Mogadiscio, avec en plus le pressentiment que ce qui l’attendait demain serait pire.

Toute la nuit, ils progressèrent dans la fange des égouts, en évitant de parler pour que le bruit n’attire pas l’attention de la surface. Comme il n’y avait plus d’eau dans la ville, les canalisations étaient à sec, mais l’odeur et le risque d’infection, eux, étaient bien là. À quatre heures du matin, ils débouchèrent dans une carcasse d’immeuble. Autour, les bâtiments étaient dans le même état. Les bombes avaient soufflé les baies, laissant sur les façades des milliers de trous noirs, aussi hostiles que des nids de guêpes, abritant chacun un tireur embusqué. Les rues étaient désertes. Seul errait un chien efflanqué, probablement en quête d’un cadavre à dépecer.

 

— On se sépare ici, dit Makhlouf.

— Eh là ! Pas si vite, mon pote ! J’ai besoin de toi, rétorqua Fred. Tu restes avec moi et tu me dis où ils sont.

— Pour le moment, ils ne sont pas là. Ils viendront ce soir. Tout près d’ici.

— On aura à marcher à découvert ?

— Seulement pour prendre position en terrasse.

— T’as pas l’air optimiste…

— Non. C’est pas bon, j’t’ai dit. Ils savent que vous êtes là.

— Quoi !!!

— Ils savent, j’te dis. Depuis quelques jours, ils sortent de moins en moins et quand ils le font, ils sont toujours entourés de patrouilles armées.

— C’est nouveau ?

— Oui. Avant, ils n’avaient pas d’escorte. Quelque chose a changé. Ils ont été prévenus.

— T’en es sûr ?

— Certain.

Cette information changeait le plan. Shooter une cible au milieu d’une foule n’est déjà pas facile, mais si en plus la cible se méfie… Il allait falloir improviser.

— Putain de chiotte, souffla Fred entre ses dents ! À quelle heure, ils arrivent ?

— À la tombée de la nuit, comme les chacals.

— Pour quoi faire ?

— Le rapport journalier, je présume. Ils se réunissent dans le bâtiment que tu vois, là-bas. Celui qui n’est pas trop démoli. Ils y restent jusqu’à minuit, une heure. Après, ils s’en vont.

Fred rabattit ses jumelles à vision nocturne pour observer les lieux. L’immeuble, criblé d’impacts d’obus et de roquettes, faisait l’angle d’une avenue et d’une rue. Des trois étages supérieurs, il ne restait que la superstructure en béton armé. Au rez-de-chaussée, les boutiques étaient presque intactes. Leurs portes en tôle, percées de trous, étaient toutes en place. Sur le trottoir, un amoncellement de ferrailles, de moellons cassés, de tuyaux tordus, de portes déchiquetées, de tables, de carcasses de lits, de réfrigérateurs, de fils électriques, montait par endroits jusqu’au premier étage.

Les cibles se rassemblaient donc tous les soirs au rez-de-chaussée de ces décombres. Combien seraient-ils ce soir ?

— T’es sûr qu’ils se réunissent ici, demanda Fred ?

— Oui, j’ai dit.

— Ils viennent à pied ou en voiture ?

— Toujours dans des pick-up. Avec quatre ou cinq hommes et une mitrailleuse sur le plateau. Les hommes les entourent avant qu’ils n’en descendent et les accompagnent jusqu’au bâtiment.

— Combien de bagnoles ?

— Ça dépend des jours. Avant six ou huit, maintenant plus.

— Et dans tout ce bordel, t’es capable de les repérer ?

— Sans problème.

— Bon… On ne pourra pas les approcher. Faut qu’on les shoote d’en haut.

— Oui. Y’a pas d’autres moyens.

— Je suppose que toutes ces baraques sont bourrées de snipers.

— Tu supposes bien.

Freddy regarda sa montre. Il était 4 heures 10. Dans une heure, le jour pointerait et les premiers passants feraient leur apparition. Il fallait se positionner avant, sinon les snipers seraient à la fête. Il se remit à l’observation des lieux. Ils lui rappelèrent l’ambiance de Kaboul, quand les Talibans avaient repris la ville et qu’il avait fallu trois mois pour les déloger, maison par maison, ou plus exactement, ruine par ruine. Seulement la différence était qu’à Kaboul, les alliés avaient déployé douze régiments. Là, ils n’étaient que neuf hommes… enfin presque, huit hommes, plus une femme, sortie d’on ne sait où et qui n’avait pas fait des miracles à l’entraînement. Qu’est-ce qu’elle foutait ici, cette nana ? Probablement un agent secret, envoyée par le gouvernement. On n’en avait pas besoin, tout commandant qu’elle était. « Cherche pas à comprendre, faut faire avec, se dit-il. » Il examina les décombres un par un, cherchant des angles de tir favorables. Il fallait en trouver trois, dans lesquels il déploierait ses hommes. Au bout d’un quart d’heure, qui sembla à tous une éternité, il donna ses ordres.

— Premier groupe, avec Dudu, dans cet immeuble, celui qui est à l’angle là, tu vois ? Raf et Justin, dans celui d’en face, avec Meyer. Le troisième ici avec moi et Makhlouf. Un Libyen dans chaque groupe. Vous vous déployez sur les terrasses. Jamais plus d’un à la fois. Attendez que l’autre soit arrivé pour partir. Vu ?

Tous firent un signe affirmatif.

— Partez d’ici à dix minutes d’intervalle. Planquez votre matos sous vos nippes. Vu que vous ne pourrez pas emmener tout le matos d’un coup, faites plusieurs voyages. Et n’allumez pas vos torches, même dans les maisons ! Pigé ?

Il savait que si, par malheur, un seul d’entre eux était abattu par un sniper, toute l’opération tombait à l’eau. En essayant d’imaginer une solution de repli en cas de grabuge, il distribua une paire de jumelles infrarouges, un kit de communication, un FAMAS et trois chargeurs à chaque Libyen.

— Reposez-vous d’ici ce soir. Makhlouf dès que tu vois arriver les cibles, tu me préviens.

Le médecin répéta ce qu’il venait de dire, avec un brin d’irritation :

— Je t’ai dit, pas avant 18 ou 19 heures, tu te souviens ?

— Eh docteur ! J’suis pas amnésique ! Maintenant, on vérifie les contacts.

Les Libyens eurent besoin d’explications pour régler leurs bandeaux de communication. Ils n’avaient jamais vu un tel matos.

— Vous me recevez, demanda le patron ?

— Cinq sur cinq !

— Alors en piste !

Carla faisait partie du groupe qui devait prendre position dans l’immeuble d’en face. Elle empoigna sa Minima, son fusil de précision, ses chargeurs, vérifia la présence du Glock sur sa cuisse et fit signe au patron qu’elle était prête. Au dernier moment, il changea ses ordres.

— Va avec elle, commanda-t-il à Makhlouf. Lakdar, reste ici avec moi.

Depuis le début, il craignait que Carla ne soit pas à la hauteur. Il ne la sentait pas. Par acquit de conscience, il préféra modifier la répartition des Libyens pour qu’elle soit mieux assistée. Ils scrutèrent la rue de droite à gauche, avant de la traverser un par un. Puis ils disparurent dans les ruines. Ils firent plusieurs allers-retours pour amener le matériel et attendirent de tout avoir pour décider de quelle façon ils allaient grimper là-haut. Ils explorèrent les ruines en quête de la meilleure. Dans la pénombre, ils distinguèrent les restes d’un escalier. Autour, le sol était jonché de blocs de béton qui rendaient la progression difficile.

 

— Faites gaffe aux mines, marmonna Justin.

 

 

Détails du livre

Auteur

Gilbert Petit

ISBN Ebook

979-10-326-0720-6

Version

Ebook Téléchargeable, Livre Papier

Format Livre

554

ISBN Livre

9791032602218

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A propos de l'auteur : Gilbert Petit

Gilbert Petit

Gilbert PETIT fut ingénieur puis dirigeant dans l’industrie automobile. Il a sillonné le monde depuis l’âge de dix-neuf ans. En 1963, il parcourt la Scandinavie pour une étude sur la civilisation viking. Il tombe ensuite sous le charme du Sahara, qui l’envoûtera à vie. Suivront une cinquantaine de pays, sur les cinq continents. Il voyage seul ou à deux, pour rencontrer des minorités, des rebelles, des gens peu fréquentables. De chaque périple, il rapporte des leçons de vie et la matière pour écrire un nouveau roman. Outre l’écriture, il a une autre passion : le dessin et l’aquarelle.