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Nessun Dorma

Ebook : 9.99 
Livre Broché : 22.90 

Cinq jeunes hommes issus d’horizons différents, emportés par l’ouragan du front germano-soviétique de 1945, vont découvrir un secret d’État susceptible de changer la face du monde.

Tels de modernes mousquetaires, aidés par leur amitié, ils sauveront leurs vies et leur liberté, puis gageront, par leur ténacité et la puissance de leur secret, la force de changer la société qui les avait réduits en esclavage.

Mais leur réussite pourrait à nouveau appeler sur eux les foudres du destin !

Tant il vrai que l’équilibre de la société repose sur la résignation des pauvres gens !

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Extraits du livre

Extraits du livre

Extrait n°1— C’est quand même très grossier, précisai-je.— Je te comprends, fit grand-père, mais quand j’ai écrit cela, j’avais la haine dans le cœur.— Je trouve, objectai-je, que tu parles beaucoup de choses scatologiques, c’est choquant.Grand-père soupira :— Vois-tu, Samuel, quand j’ai écrit cela, et à l’endroit où je me trouvais, la seule odeur était celle de la merde, car l’odeur de la mort, l’odeur de la guerre ne sont rien d’autre que cette primitive odeur là. On peut faire et vivre comme si cela n’existait pas, mais c’est cacher la réalité. Je l’ai vécu, je m’en souviens comme si c’était hier. Tu vois, me sourit grand-père, il n’y a pas que toi qui as eu des soucis de jeunesse. Des gens très méchants…

— Des Anglais ? interrogeai-je.

— Si tu veux, pourquoi pas des Anglais, mais ces Anglais-là s’appelaient des Allemands.

— Je n’en ai jamais vu, coupai-je.

— Ces Anglais-là ont tué presque toute ma famille, m’ont enfermé et quasiment fait mourir de faim. Il n’y avait autour de moi que du désespoir, du froid et de la laideur. Je me suis juré de me venger de ces Anglais-là.

— Grand-père, je te comprends.

— Et voilà pourquoi j’ai écrit et fait tout ce qui est écrit ici. Je n’en ai aucun regret.

Extrait n°2

Ils s’apprêtaient à se dire au revoir ou adieu quand un léger bruit, comme un chant des roseaux, attira leur attention. Ils réécoutèrent et réentendirent ce bruit de froissement. Le bruit de la rivière furieuse de se heurter à la péniche les troubla, mais ils eurent tout à coup la certitude que quelque chose d’anormal se passait. Dieter, penché par-dessus le plat-bord du chaland, jura.

— Himmelherrgott, un gosse, là, dans l’eau, en amont, en train de se noyer.

— Et un autre, hurla Werner, montrant un point plus éloigné, également en amont.

— Nom de Dieu, ils vont être aspirés sous la péniche et se noyer, hurla Dieter, qui commençait déjà à se déshabiller alors que Werner avait déjà retiré ses bottes noires.

Mais le plus rapide de tous fut le cheval. D’un bond par-dessus le plat-bord, il s’était jeté dans la rivière et, moitié nageant, moitié marchant sur le sable du fond, il se dirigeait vers le premier des deux enfants. Celui-ci savait nager, était conscient et eut le réflexe d’empoigner le licol du gros animal. Mais il ne prit pas pour autant le temps de souffler et cria à l’autre enfant, invisible dans les vagues :

— Gunnar, ici ! Vite, le cheval !

Mais l’enfant, sans doute en train de se noyer, ne voyait pas le cheval, pas plus qu’il ne voyait ni n’entendait son frère. Déjà entre deux eaux, il était ailleurs, là où s’en vont les petits garçons qui ne savent pas nager.

S’il ne voyait pas le cheval, le cheval le vit, et, le premier petit garçon, toujours pendu à son mors, il avança dans la rivière et plongea le museau dans l’eau. Lorsque sa bouche ressortit des eaux, il mordait solidement entre ses dents, avec la force que peut avoir une mâchoire de cheval, l’étoffe de laine d’un manteau bleu avec un petit garçon blond dedans.

 

Extrait n°3

Le lendemain, mardi 28 janvier, les équipages de toutes espèces et les chemineaux qui empruntèrent, par loisir ou par obligation, la route qui va d’Auschwitz à Rownica, croisèrent tous, à un moment ou à un autre, une humble procession.

Le cortège en était mené par un homme grand et blond, vêtu comme un ecclésiastique de la religion catholique romaine, portant calotte, surplis, soutane et étole, tout enveloppé dans un grand manteau de laine effrangé qui attestait et du froid terrible que ce saint homme affrontait et de la modeste condition matérielle qui devait être la sienne. Il tenait dans ses mains un bréviaire dont ses lèvres murmuraient les prières.

Deux pas derrière lui, trottaient deux petits enfants de chœur qui s’étaient partagé la charge qui, pour le plus grand, d’un prestigieux encensoir dont la chaînette d’argent tintinnabulait à son pas, qui, pour le petit, d’un seau et d’un goupillon de même argent, dont il regrettait visiblement qu’ils ne reproduisissent pas la musique argentine de l’encensoir.

Les deux enfants étaient surchargés de lainages et d’une veste en peau de mouton.

Trois pas derrière les deux enfants de chœur, venait un fort cheval bai, à l’air aimable, bien qu’on lui eût confié à tirer, et qu’il le tirât avec entrain, un corbillard à baldaquin noir, portant un cercueil sous un catafalque.

Il s’agissait là, à n’en pas douter, d’un cortège d’enterrement, genre de procession qui ne pouvait plus surprendre personne dans l’effrayant contexte de surmortalité qui était celui de ces lieux et de ce temps. Ceux que la guerre n’emportait pas assez vite pouvaient compter sur les sept plaies d’Égypte pour s’en retourner avant l’heure chez leur créateur, l’arrivée par millions des Soviétiques pouvant compter pour une invasion de sauterelles, et les glaces de l’hiver silésien remplacer les excès de température de l’Égypte et ses inondations.

Cet équipage de deuil fort peu tapageur, parti d’Auschwitz par la nuit noire de six heures du matin, cheminait aux alentours de midi sur la route qui traverse les marécages pris en glace s’étendant de Gora à Zabrzeg, sans avoir suscité d’autres réactions sur son passage que de prestes signes de croix et des génuflexions ankylosées.

Une fois ou deux, l’un ou l’autre quidam cheminant sur la route posa une question, certainement bien intentionnée à l’ecclésiastique. Mais, plongé dans son affliction, ou par souci de ménager son souffle, ce dernier n’émit en retour que des monosyllabes à consonance latine, auxquelles, à tout hasard, les passants répondirent par des signes de croix.

Le modeste et pieux cortège entama la montée à travers bois au pied des contreforts éclatants de blancheur des montagnes de Slovaquie et des monts Tatras qui se découpaient sous le ciel bleu. Ils traversèrent des alpages enneigés, ne suscitant toujours rien de plus chez les passants que les déférentes manifestations de respect et de piété dues à ceux qui partent pour leur ultime voyage.

Puis ils traversèrent les forêts autour de Piersciec où ils empruntèrent le passage à niveau un peu à l’est de la gare de triage. Là, ils croisèrent deux patrouilles de motocyclistes allemands qui se signèrent respectueusement sur leur passage.

Ils n’étaient pourtant toujours pas parvenus au but.

Il fallut monter au pas la lente et essoufflante pente finale jusqu’à Cieszyn, dominée par la montagne de Rownica. Même le cheval paraissait commencer à en avoir assez. Dans cette dernière partie de leur route, tracée au milieu de paysages splendides mais désertiques, faits d’à-pics sur des torrents gelés et de pistes forestières ensevelies sous la neige et les arbres, ils ne croisèrent âme qui vive, marchant silencieusement entre les immenses sapins enneigés, dont des branches craquaient de temps à autre, projetant plus bas avec fracas leur charge de neige.

Enfin, au bout d’un chemin forestier, ils aperçurent la ferme.

— C’est là, cria Manfred en faisant de joie tournoyer l’encensoir. C’est la ferme d’oncle Oscar, le frère de papa.

La surprise fut totale, certes faite de ravissements mutuels, mais aussi d’une certaine anxiété chez les fermiers qui voyaient ce débarquement de famille comme annonciateur de complications à venir.

 

 

Extrait n°4

Comme depuis des siècles, Catane était un souvenir.

Souvenir de la vague éblouissante de blancheur jaillie de la mer et dont le reflux avait abandonné comme des galets ses maisons jetées contre les falaises de basalte.

Souvenir des temps heureux d’avant-guerre quand la politique et la pauvreté n’avaient pas encore exercé leurs ravages, quand, pas plus parmi les édifices que parmi les jeunes hommes, la guerre n’avait taillé de ces tranchées noires où l’on jette les souvenirs du passé en même temps que les jeunes corps amputés de leur futur.

Mais, aujourd’hui, Catane se surprenait à repenser à l’avenir.

Ce samedi 12 septembre 1945, Catane, sortie de la guerre et pansant ses blessures, était le théâtre d’une double effervescence.

Une effervescence familiale d’abord, le maire de Palerme, Calogero Vinizzi, fiançait sa fille unique, Mariella. On ne citait que le nom de la fiancée, son père étant un maffioso notoire et un homme politique puissant. Le fiancé, lui, étant de la modeste condition de fils d’un colporteur, se trouvait suffisamment haussé à la vue de ses concitoyens par le prestige d’une union dont il ne serait jamais que le faire-valoir, que personne, hormis ses familiers, ne s’intéressait à son nom, à ses mérites, ni à ses origines.

Une effervescence théâtrale, ensuite, la représentation de Norma, le chef-d’œuvre de Bellini, natif de Catane, interprété par une prestigieuse distribution, emmenée par le fameux, l’irremplaçable ténor, Beniamino Gigli, et joué dans l’opéra Massimo Bellini de Catane, sorti miraculé des bombardements de la ville.

Ces deux effervescences conjuguées créaient dans la ville l’ambiance d’une révolution en marche, le sentiment que la guerre était bien finie, et que l’on allait pouvoir à nouveau s’amuser.

Depuis les quais du port où les bateaux de pêche enguirlandés, déjà sortis de grand matin, déjà rangés à couple, en dimanche, frétillaient le long de deux bâtiments de guerre américains, depuis la place de la mairie, ancien palais royal, qu’encadraient les belles avenues plantées de platanes, où moutonnaient les terrasses des cafés, depuis la place de la Cathédrale et son marché du samedi, depuis toutes les ruelles montant et descendant leurs degrés ombragés sous des arches de pierre, ne montait qu’un seul et immense bruissement : celui d’une foule qui s’apprête.

Les chapeliers dégorgeaient leurs pratiques sur l’avenue Bellini où les heureux coiffés se mêlaient aux têtes encore en cheveux qui montaient les remplacer. Les hommes portaient leurs traditionnels foulards multicolores de fête. Les femmes du peuple agrémentaient leurs tenues noires traditionnelles de fanfreluches et colifichets comme de châles d’Indienne. Les riches catanaises en étaient encore au stade de leur toilette, mais le résultat serait éblouissant de couleur, mettant en valeur leur teint mat.

Il y avait ceux qui n’étaient que de fiançailles et ceux qui n’étaient que de l’opéra, pour qui la mise en costume ou en toilette était moins pressée. Les commerçants, délais de livraison aux abois, jouaient de ces deux populations pour échelonner leurs mises à façon.

Mais il y avait la foule des plus riches, de ceux qui étaient de tout, pour qui le programme avait été conçu.

Messe de fiançailles à midi, après les cloches.

Opéra à neuf heures, après le souper.

Avec ceux-là, les plus exigeants, les commerçants se désespéraient de livrer à temps costumes ou toilettes.

Ceci expliquant cela, il y eut un incompressible retard.

Les cloches de midi sonnèrent à trois heures, mais tout le monde n’était pas prêt.

Les convives du repas de fiançailles ne se mirent à table qu’à seize heures.

Encore manquait-il du monde, à commencer par la fiancée.

Ce n’est vraiment qu’à dix-sept heures que Calogero Vinizzi s’avisa qu’il n’avait pas vu sa fille de la journée. Madame Vinizzi ne l’avait pas vue non plus, mais ne s’inquiétait pas car elle la pensait en compagnie de son fiancé. Mais le fiancé était déjà à table, impatienté lui aussi par le retard.

— Ah, tu verras, les femmes, l’encouragea son futur beau-père.

Mais Calogero Vinizzi, habitué à manier les hommes, était plus fin que beaucoup. Il avait à plusieurs reprises surpris sa fille en train de pleurer et il en connaissait la raison : ce petit Vetri. Il avait un mauvais pressentiment. Il eût pu arrêter dans l’œuf, grâce à ses relations, la dénonciation de Berlotti. Mais il avait ses raisons de ne l’avoir pas fait deux ans auparavant, craignant de voir Lucky Luciano et ses amis le remplacer à Palerme. Il avait lui-même trahi le père de Luigi Vetri, le faisant dénoncer aux fascistes par Salvatore Giuliano qui lui devait un service. Tout cela n’avait pas été très reluisant d’autant que son double jeu commençait à être de l’équilibrisme dangereux, vu les soutiens américains à Lucky Luciano.

Aussi Calogero Vinizzi était-il inquiet et fit-il immédiatement rechercher sa fille dans toute la ville.

La cité sembla se vider d’un coup. Aux carrefours, les policiers en casques coloniaux à plumes disparurent pour explorer les profondeurs de la ville, les marchands ambulants de glaces, d’orangeade et de coco, se mirent à déambuler, refusant les clients pour mieux chercher la disparue. En une heure de temps, la ville se trouva portée à ébullition.

Les convives des fiançailles, après avoir mangé un morceau pour compenser leurs cadeaux, se mirent en chasse eux aussi.

À dix-neuf heures, rien. Ni à vingt heures.

À vingt et une heures, Norma commença devant un auditoire clairsemé comme jamais Gigli n’en avait vu de toute sa vie.

À vingt et une heures quarante-cinq, le rideau tombait sur le premier acte et un Gigli furieux quand un cri de tragédie, à glacer le sang, retentit, venant des cintres.

— Elle est là.

Mariella était allongée sur le praticable des éclairages, recroquevillée, respirant avec peine.

Gigli et deux techniciens la redescendirent avec difficulté et l’allongèrent sur un canapé du décor.

Au même moment, Luigi Vetri, escorté de son ami Mazzuchetti, enfin parvenu à Catane, entrait dans le théâtre par l’entrée des artistes qu’il connaissait depuis l’enfance et qu’il avait si souvent empruntée avec Mariella.

La poverella. Elle était, avec ses seules pauvres forces, montée, en se hissant, degré après degré, jusqu’en haut, jusqu’aux cintres, où tant de fois ils étaient montés ensemble pour y écouter Turandot, la Traviata, Norma.

Un homme qui n’était pourtant pas superficiel avait dit un jour avec enthousiasme : « L’opéra est à l’image de la vie ».

C’est pourtant au-dessous de la vérité.

C’est la vie qui est à l’image de l’Opéra.

Ils avaient tant de fois communié, depuis les cintres, qui sont au chant ce que le paradis est aux croyants, dans les cris de douleur et d’amour de Violetta, de Rigoletto, de Mario, Turuddu ou Lucia di Lammermor, qu’ils savaient, avec certitude, que la vie était ainsi au moins pour eux.

Ce soir, Luigi avait rejoint pour le final sa Mariella dans les cintres du destin.

 

 

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(4 avis client)

Détails du livre

Auteur

Jean-Pierre Gardenat

Version

Ebook Téléchargeable, Livre Papier

ISBN Livre

978-2-36849-552-0

ISBN Ebook

978-2-36849-553-7

Les avis lecteurs
5 sur 5

4 avis pour Nessun Dorma

  1. 5 sur 5

    :

    Un super roman à lire! Il serait bon pour les américains de traduire le livre en anglais. Il rencontrerait un franc succès.

  2. 5 sur 5

    :

    Très beau roman, passionnant de bout en bout. Un must

  3. 5 sur 5

    :

    Passionnant jusqu’a la fin!Et c’est si bien écrit
    Yann

  4. 5 sur 5

    :

    J’attends avec impatience les escales,je suis steward,pour lire la suite.Merveilleux livre.Mehdi

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A propos de l'auteur : Jean-Pierre GARDENAT

Jean-Pierre GARDENAT

Jean-Pierre Gardenat est né le 9 mars 1944 à Paris. Sa mère était bordelaise, née d’une famille de négociants en vins du quai des Chartrons, qui avait eu son heure de gloire en fournissant la cour impériale de Russie de Saint-Pétersbourg. Grâce à son père, organisateur de galas de charité, il connut dès l’enfance tout ce que la France comptait de plus belles voix : Piaf, Mariano, Mado Robin, et autres Marcel Merkès et Paulette Merval. Il a exercé durant quarante ans la cardiologie, d’abord à la fondation Rothschild à Paris, puis pendant trente-cinq ans en cabinet privé à Saint-Malo. Retraité, il vit en Bretagne avec son épouse, également médecin retraité.