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Notre Dame aux yeux bleus

Ebook : 9.99 
Livre Broché : 18.90 

« N’oublie jamais ton royaume, Sacha mon petit ! » lui murmurent les yeux bleus de Rose,

l ’Argelésienne et d’Honoré, ses grands-parents paternels.

Entrer dans le royaume de Sacha, c’est respirer tout l’amour des senteurs du monde campagnard qui ont baigné  la plus tendre enfance du garçonnet. Loin de la capitale catalane et à chaque vacance scolaire,  Sacha épouse les pierres du chemin ancestral menant vers ce lieu solitaire et écarté dont il tombe amoureux. Il y découvre la liberté dans une nature à la végétation sauvage et aux massifs de roche.

Une simplicité, une naïveté, des animaux, des chênes, un poulailler, une fontaine pour se laver, un tilleul, un potager, des voix, des cris, des chants, des rires, une cloche, deux chapelles, une hirondelle, une larme, des aventures… en somme une révélation assortie d’ une relation unique de tendresse, de confiance, de complicité avec cet ermitage royal et magique.

Sacha revisite à sa façon la galerie du temps écoulé  avec ces évolutions au travers d’un film où subconscient et conscience se croisent dans une vie banale mais si enivrante de richesse secrète. Une communion vitale avec ce cosmos spirituel dont le couple royal va lui transmettre  un amour indestructible pour cette commune.

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Extraits du livre

Extraits du livre

Extrait 1 :

Au rez-de chaussée, le grand feu clair de la cheminée pétillait gaiement.
D’après mes sages aïeux, il est dit que « ce qui est perçu, n’est rien au regard de ce qu’on imagine lors d’un rêve face à une flamme ».
En m’adossant contre l’accoudoir du canapé contemporain, j’analysais mes deux trésors en ressentant une étincelle d’énergie venir en moi.
Au son du crépitement bruyant de cette puissante production lumineuse de gaz en combustion, les flammes envoutantes m’emportaient dans leur danse enivrante tel un marin victime du chant d’une sirène.
Cette médaille et son texte joint dégageaient une telle force insoupçonnable que je me mis à vaciller tout en étant happé par l’âtre de la cheminée. Je me noyais dans cette marée de flammes dangereuses au parfum boisé quand soudain une d’entre elles, plus longue et plus étroite se détacha imposant sa chaleur.
Face à cette maitresse incontestée à la chevelure enflammée, je la reconnus.
Elle se nommait la flamme de la jeunesse, celle qui allait me plonger dans le pavillon de mon enfance.
Onctueusement, paisiblement, dans cette chaleur veloutée, j’étais projeté irrésistiblement dans mon royaume d’antan. Dans une exaltation juvénile, je me laissai télétransporter dans un salon privé de ma mémoire pour assister à l’avant-première d’un film, celui de l’éveil de mon jardin endormi.

Extrait 2 :

Sous le soleil brulant de fièvre, les grillons chantaient leur habituelle chanson rythmée et orchestrée sans attendre le moindre applaudissement de leur public saisonnier. Tous, avec leurs violons et harpes donnaient la cadence à tous les résidents de cette terre où régnait la convivialité. Tous se présentaient à cette caméra pour être filmer.
Le vent se dérobait sous le dernier baiser de madame la mante religieuse à son époux d’un jour, avant son redoutable repas au nom de sa descendance. Les papillons planaient, se croisaient, se recroisaient tout en collant leurs ailes aux branches de la brise. Tous ces habitants occupaient depuis toujours ce territoire campagnard où les chênes régnaient en empereurs indestructibles et leurs vies suivaient le cours des saisons perpétuelles.
Dans ce paradis de verdure, de curiosité, de découverte et de rêveries, un enfant était attendu par ses grands- parents à chaque vacance, à chaque dimanche, à chaque moment de son choix. Sacha, Boris Grégory Maxence tel que ses parents l’avait prénommé, était chez lui dans ce lieu sans fin qui semblait lui appartenir.

Extrait 3 :

Au loin, telle une apparition, telle une rose s’ouvrant à l’autre, un corps féminin marchait vers lui les bras ouverts voulant tout de cet enfant ; ses mains pleines d’amour à partager. Sa chevelure ondulée par des vagues de générations, dégageant son front plissé par les muscles d’un sourire éclatant de sincérité allongeait sa svelte silhouette.
Elle sautait par-dessus certains obstacles saillants des roches en sifflotant un des airs de son passé. Elle paraissait s’envoler de par un jeu de pieds au rythme d’une sardane. Sa tête à la peau claire inclinée de l’avant pour ajuster sa vision défectueuse s’exprimait de par ses taches de vieillesses rousses. Sa robe parée d’un tablier faisant office de diamant en fleurs s’agitait à la mesure de ses pas.
Un reflet l’accompagnait ; celui de la réverbération de ses yeux bleus dans le miroir des anges. Son sang résonnait dans son accent en affirmant son appartenance au peuple catalan.
Elle chantait toute la journée à qui voulait se laisser bercer.
Elle chantait aux liserons, aux arbres, aux vents, aux animaux, aux Saints, à Sainte Rita.
Elle chantait comme elle respirait ;
Elle chantait son passé pour crier son amour à la sainte vie.

Elle aurait pu interpréter l’émouvante « Santa Espina » à savoir « Som i serem gent catalana tant si es vol com si no es vol, que no hi ha terra mésufanasota la capa del sol ». En traduction cela signifiait « nous sommes et nous serons catalans, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas de terre plus fière sous le manteau du soleil. ».

Extrait 4 :

Quelle était cette voile blanche dansante au loin, dans cette mer de verdure ?
-Tout simplement un drap, Sacha ! Lui soufflait à l’oreille Igor.
Après le passage au lavoir, le linge flottait aux grés des vents, valsait, se chamaillait, s’enlaçait effleurant les herbes affolées par ces ombres et apportant une touche de sérénité. Les vêtements et les grands draps brodés des initiales de famille, respiraient laissant échapper une odeur de propreté enivrante. Il faut savoir que la grand-mère lavait à l’ancienne, savon en mains, en frottant, tapant ses victimes, dans ses lavoirs, mais toujours en chantant. Images de contes d’enfants, le cinéma venait à vous. Elle n’avait pas besoin de radio pour se divertir, le jukebox était en elle ; les enceintes sa bouche ; le DJ son cerveau ; les instruments ses membres.
Etendre et ramasser le linge, étaient amusant pour Sacha. Lors de la tramontane, il fallait se battre pour détacher les chemises et shorts. En absence de cette dernière, c’était le combat pour faire fuir les quelques insectes posés sur les habits et sous-vêtements. Sacha analysait toujours ceux du pépé. Ces caleçons longs, cotonneux, étaient si particuliers comparativement aux siens et à ceux de son père. Peut-être, se disait-il, comme pour les repas, pépé montrait sa supériorité encore une fois, de par cette particularité !
Un bruit de fond attisa sa curiosité. Le vent ramenait vers lui des notes qui rimaient au son de l’inoubliable Edith Piaf.

Extrait 5 :

Gori, plus rebelle montait la garde et déroutait tous les visiteurs. Il avait du loup en lui et par moment il faisait peur à Sacha le laissant dans une surprenante indifférence. En fait, il ne faisait pas cas de lui tout simplement. Il préférait la compagnie et l’affection d’un compagnon fabuleux prénommé Igor. En effet, ce beau berger allemand de couleur sable et gris, aux oreilles si droites était son tranquillisant et son dérivatif. Il était le seul à savoir porter le journal à ses maîtres car le grand-père le lui avait appris.
Une amitié affectueuse invisible et indestructible s’était créée entre ces deux êtres.
Quelle était la cause de cette relation privilégiée entre cet enfant et ce chien ? L’amour, l’affection, la compréhension, la complicité. Une sécurité affective générée par le chien de par sa chaleur naturelle. Igor a contribué obligatoirement à l’éveil de l’enfant et en quelque sorte à son éducation. Un animal familier qui fait office de doudou sur pattes avec qui Sacha échangeait des regards.
Ils parlaient souvent ensemble. De grandes discussions ; d’interminables débats ! Sacha, en le caressant entre les oreilles à la recherche des tics des herbes, se confiait à lui tel un serviteur de Dieu. Il lui semblait toujours entendre une réponse de son chien ou du moins il aimait se l’imaginer.
-Aujourd’hui, nous allons faire une cabane. Il faut trouver une cachette dans la montagne. Mais que fais-tu, anémone ? La vieille poule de mamie, protégée par sa patronne de l’échafaud, s’était invitée à la discussion.
-Tu as plein de poux, anémone. Allez, houst à la maison ! Sinon je vais le dire à mamie.
Anémone partait en boitant telle une vieille commère de village pour aller en informer ses voisines de paliers occupées à couver. Sous l’œil du robuste coq, elle sautait les barrières et se frayait un chemin parmi les poussins pour colporter les dernières nouvelles.

Extrait 6 :

Le repas fut champêtre et l’arrivée de la chatte Mimi n’en changea rien. Sacha se restaurait correctement laissant défiler les images du journal télévisé relatives à des salles de restaurant dans les grands hôtels parisiens cultivant le mythe du luxe et de la confidentialité. Malgré notre présence feutrée dans la grande pièce, pas un bruit ne s’échappait de la table. On aurait pu se croire dans un monastère en train d’assister à un repas de moines ayant fait vœu de silence. Seul, le tintement des petites cuillères et de la bouteille de vin rouge laissaient s’échapper la vie. Même Igor se sentit obliger de s’adresser à Sacha sur le ton du confessionnal. Mamie Rose servait, coupait, mâchait grandement, scrutait le plafond transparent de l’éternité sous l’œil droit furtif de son époux.

Honoré se sentait satisfait malgré les miaulements de faim de la chatte noire. Une lueur s’était introduite dans son œil gauche, celui situé au-dessus de son cœur d’honnête homme.
Dans le silence de fin de repas, tous les trois savouraient les mûres sucrées. Ils se laissaient enivrer délicatement par la puissance du vin qui les propulsait dans un écrin cotonneux de bien-être. Sacha ne comprenait pas ce qui lui arrivait mais une envie subite de respirer l’air frais devint un besoin urgent pour atténuer ses rougeurs si gênantes. Sous les rires des grands-parents blottis dans leurs cafés noirs, il sortit dignement, sa valisette en main en haussant ses épaules tout en chantonnant.
Il s’accrochait au collier d’Igor pour se rendre sur l’un des rochers en forme de presqu’île qui surplombait le bas du potager et les mimosas, près des pieds de thyms, en amont de la fontaine. Ce rocher lisse aurait pu être dangereux au moindre glissement de semelle sur la mousse verdâtre mais Sacha savait comment s’y prendre.
Il avait imaginé dans certaines crevasses rectangulaires du rocher ‘comme il le surnommait, un ranch de construction majestueuse avec piscine et chevaux. La construction faite de brindilles, de bout de bois dont les feuilles faisaient office de toit. Les voitures et les châteaux faisaient partie du monde d’enfant de Sacha. Il adorait s’inventer des scénarios de tout genre où vie terrestre et vie imaginaire s’opposaient.
Joueur, il se parlait à lui seul sous l’œil médusé d’Igor, son fidèle complice.
Avec ses soldats en plomb sortis de sa valise remplie de voitures, de remorques, d’avions, il organisait la défense de son ranch. Une colonie de fourmis de quatre millimètres osait traverser le territoire privé de Sacha. Trois milliards de créatures noircissant les pierres en une mer brune. La famille des Formicidés telle une caravane dans un désert vacillait, emportée par une chenille qui essayait de se remettre sur ses pattes. Les fourmis l’avaient bien compris et la tournaient de l’autre côté. Les ouvrières empoisonneuses la traînaient vers les larves affamées de la fourmilière.
Sacha sortit de sa besace son minuscule encyclopédie. Il lut à haute voix en observant l’écoute du chien.
– Son museau est arrondi. Ses yeux sont constitués de petites lentilles. Ses oreilles sont des petites antennes. Ses dents sont des mandibules. Ses pattes possèdent tous 9 segments et 2 griffes. La fourmi noire a une très bonne vue, jusqu’à 50 mètres et plus. Elle possède des petites antennes qui lui permettent de reconnaître amis ou ennemis, mais aussi de chercher la nourriture.
Il y avait bien des fourmis dans les coins de la maison mais celles-ci paraissaient plus grosses, plus robustes, plus combatives que celles déjà connues par Sacha. Avec un bâton en guise de fusil, Sacha organisait sa défense. Il les taquinait pour mieux déranger leur organisation. La chenille hideuse n’étant pas la priorité du garçon, les troupes se rassemblèrent autour du ranch en brindilles pour en assurer la résistance. Alors, le poil d’Igor se voyait habité de sujets, les canons entre ses deux grandes oreilles sous les cris de Sacha :
-A l’attaque garnison. En joue ! Feu !
Brave chien. Soumission était son devoir et patience une vertu à sa hauteur. Il laissait aller son dos sur le sol, les quatre pattes vers le ciel ; sa tête tournée vers Sacha, sa langue trébuchant sur le genou égratignés du garçon. Cette posture soulignait la complicité de jeux et d’esprit de ces deux occupants des lieux. Il n’y avait pas de paroles entre eux mais les regards sont tellement plus puissants que les mots. Pourtant, Sacha entendait parfois les paroles du berger-allemand, comme le vent murmurant aux oreilles, comme la pluie caressant notre monde végétal. Mais dans ce monde-là, l’imagination magique des esprits pouvait se libérer sans mépris. Le monde de Sacha s’apparentait alors à celui du pays d’Alice aux pays des merveilles.
L’érosion faisait le bonheur de Sacha car les trous se transformaient à tour de rôle selon la scène, en bassins, en tranchées ou en abris sous terrains pour se protéger des adversaires à savoir les insectes. Au grand étonnement de Sacha, l’ennemi se replia poussant sa proie vers une destination trop périlleuse pour l’enfant. Ses yeux clairs observaient cet horizon noir s’enfuyant vers les coulisses de la terre. Il connaissait leur résidence principale mais par respect pour la nature, il soulevait juste les grosses pierres avec ses mains et ses pieds pour observer, analyser et croire dans la magie de ce micro cosmos.
La montagne souriait de tendresse en observant cet être de lumière jouer sur sa terre et dans un élan maternel, tournait la page du livre.

Extrait 7 :
Sacha en ramassait autant que ces bourses pouvaient en contenir, se déchirant sous le poids. L’envol de perdrix le faisait sursauter déchirant les anses blanches du sac plastifié. Mais fier de son initiative, il reprenait le chemin les bras chargés sous l’œil espiègle de Gori. Curieux, Igor pénétrait dans les bosquets pour jouer avec le tapis de glands et découvrir un éventuel trésor oublié par un moine, en déplaçant les feuilles avec son pied. Des lapins surpris et curieux par les paroles de Sacha, dressaient leurs oreilles aussitôt et fuyaient le lieu envahi par ces étrangers.
-Où vas-tu, Igor ? Attends-moi. Reviens, mon chien ! Aux pieds, écoute moi sinon…
Rien n’y fit. Sous la puissance de ses pattes chevauchant la terre, Igor laissait derrière lui son compagnon aux petites jambes, essoufflé. Il l’avait bien entendu mais son flair lui rappelait ses origines, ses jeux, ses devoirs.
Sacha comprit enfin que rien ne pourrait freiner sa course. Il laissa ses bras tomber sur son bassin. Oui, Sacha était assis sur un tapis de mousse verte. Qu’est-ce cela pouvait être ? Nulle importance ! La priorité étant le confort de ses fesses fermes. De toute façon, il ne pouvait rentrer à la maison sans Igor. Donc courageux, il décida de l’attendre tout en chantonnant un air familier…juste pour se donner une once de courage.

De son côté, aux milieux des chênes, Igor pourchassait rapidement l’intrus à la queue blanche, en aboyant.
Vu, semblait dire le chien. Vu, comme dans les règles du jeu surnommé « cache-cache ». Mais le lapin savait pertinemment se sortir de cette situation. Le roi des cachettes, le sprinteur le plus chevronné, plus rusé qu’une belette, c’est bien lui !
-José, t’es pas chic. Ce n’est qu’un jeu, ronchonnait Igor.
-Tu dois confondre. Je ne suis pas José. Je me nomme Théodore et je viens d’être papa.
-Ah Papa ?
-Après 30 jours de gestation, ma femelle vient de mettre au monde une portée de huit petits. Alors, tu comprends bien que je n’ai point le temps de jouer, moi ! Adieu Scoubidou !
Igor se devait de narrer son histoire à Sacha.
-Ah enfin, ce n’est pas trop tôt. Tu te fous de moi ! Je ne veux rien entendre, Igor. Rien de rien. De toute manière tu reviens toujours la gueule lourde de ridicule.
Loin de vouloir se défendre, Igor restait impassible. Ses oreilles droites signifiaient que son esprit se dérobait. Il demeurait sans réflexion à propos de ce surnom « Scoubidou » sans en comprendre du reste sa signification.
– Reprenons la route, veux-tu ! Et surtout tais-toi ! Abandonné son copain pour un lapin mais où va-t-on !
Tout en chantonnant, leurs yeux dansant dans leurs orbites, les pas de Sacha s’allongeaient immanquablement à l’approche du royaume. Igor, la tête basse tirait une langue d’une totale indélicatesse, ne pouvant plus contester son maître.
-Pourvu que mamie ne nous entende pas ! Sinon nous risquons de nous faire drôlement gronder !

Extrait 8 :

Sacha aimait regarder ses mains tout en leur parlant à l’image de Rose. Elles représentaient le pouvoir sur la dureté et l’infertilité de ce cosmos ainsi que la précipitation dans l’agitation.Le langage du travail dans une action quotidienne face à une vie de langage magique.
Cet enfant avait appris à converser avec elles mais également avec tous les occupants de ce royaume de l’éternité.Les plantes, les arbres, les animaux, les Saints, le ciel, le vent, la lune, les oiseaux, prenaient attention aux paroles du petit prince.
-Chut, chut ! disait le plus vieux chêne à sa garnison. Sacha parle au nom de la reine.

La reine lui avait transmis le langage de l’invisible ; celui qui ne peut être issu que par des forces magiques et fantastiques. Sa magnificence en faisait un être de pouvoir.
Magicienne, sa grand-mère le fut absolument ou du moins au vu de son petit-fils, émerveillé par tant de particularités et ce, durant toutes ces moments d’évasion.Il se vit emporter par une marée de mains voulant s’échapper des plantes, des arbres, des ruisseaux, de la fontaine et ce à chaque vacance, à chaque dimanche, à chaque échappatoirevital. Des mains protectrices contre les intrus, aux péripéties multiples, aventurière de création, de réalisation.
En détresse, torturées, agonisantes, aimantes, écoutantes, ciselées, froides, liantes, ignorantes, amoureuses, travailleuses, professeurs, en quête de complicité et de secours ! Un souvenir inoubliable de réflexion à ce jour!
Une réalité telle que le célèbre sculpteur Auguste Rodin a su manifester dans ses œuvres. Les mains ne sont-elles pas le reflet de l’homme et de la femme ? En effet, elles révèlent tant des messages à l’image de son propriétaire.
Oui, les mains parlent à qui sait les déchiffrer. Mains froides, chaudes, mollassonnes, rigides, fermes, douces, hypocrites, guindées, démontrent véritablement le visage du cœur masqué. Mais celles de Rose étaient exceptionnelles de bravoure et de respect.

Dans ce royaume si particulier, si intime, si précieux tel un joyau caché, Sacha semblait vite retenir les leçons instructives de sa grand-mère avec ses deux outilsà dix doigts à savoir ses mains et sa voix chantante épicurienne. Elle seule savait les dompter dans ce cirque naturel, aux ondes fantastiques de vision.Cette dame vieillissante effrayait même les coups de soleil, non pas avec une baguette de fée, mais avec un verre rempli d’eau tenu dans une main puis renversé sur le front par l’autre. Scène ancestrale mais si redoutable de victoire !

Extrait 9 :

Tous ces moments donnaient des ailes magiques à ces deux occupants du royaume. D’autant que pour la sortie de la semaine à savoir le samedi après-midi, ils se préparaient à sortir de leur paradis pour rejoindre à pieds le village mais avant toute chose, une toilette plus approfondie arrêtait les aiguilles de l’horloge du temps.
Mamie Rose se faisait belle humblement, face à la glace de sa prodigieuse armoire. Elle ne voyait en son reflet qu’une dame dynamique, joyeuse au regard sulfureux. Oh miroir, dis-moi que je suis la plus belle de mon royaume! Mais le miroir agacé n’en fit rien. Auparavant, elle avait déversé, d’un des brocs alignés près de l’évier, de l’eau froide de la fontaine, dans une casserole prête à chauffer sur la gazinière. Pudiquement, le chemisier ôté, en soutien-gorge orné de baleines imposantes, elle se mit à laver son dos avec l’aide de son petit-fils utilisant l’eau chaude versée dans la bassine à pieds car ses bras étaient de plus en plus souvent en grève. Son coude couinait en se pliant ; ses mains se cambraient face à l’impossible mission de ce rafraichissement. Sacha frottait, rinçait et essuyait le dos plissé de celle qui remerciait ces mains pour tant de gentillesse.
De discrets murmures d’aveux s’envolèrent pudiquement vers son bienfaiteur « Heureusement que tu es là, mon petit ! ».
Ensuite vint l’habillage simple et frais. Sur ses doigts nus, elle mettait à son auriculaire droit son unique ornement de valeur : sa chevalière ovale en or achetée avec sa belle-fille. Elle n’arborait pas d’autres bijoux hormis son alliance de mariage patinée par le temps, une chaine autour de son cou alourdi par une fantaisie sans valeur. Son unique parure étant sa sueur qu’elle mettait modestement en panoplie d’apparat, ayant oublié toute forme de fierté féminine.
Puis elle s’emparait de la bouteille verte, l’empoignait, pressait le vaporisateur et s’éclaboussait royalement d’eau de Cologne de bas en haut. Un brossage appliqué de sa chevelure donnait le coup d’envoi du départ.
Le chien fuyait, incommodé par les nuages nocifs de ce parfum ordinaire. Mais elle, se sentait irrésistible, coquette pour son âge et devant son imposant miroir d’armoire, mocassins souples beiges aux pieds, elle se dandinait en s’imaginant regarder sa jeunesse revenir.

Extrait 10 :

Accompagné par ses amis de toujours, Recks et Piggie en fin de cortège, avançant péniblement, ne comprenant rien aux lois de la nature. Gori nous précédait tandis que la chatte Mimi avait revêtu son habit noir de grossesse avancée.
Tous étaient là. Tous pleuraient.
Les hirondelles, les moineaux tournaient autour de lui en criant leurs douleurs. Le poulailler avait proclamé un moment de deuil arrêtant les pontes. Les canaries ne chantaient plus et sous l’œil de Cheribibi, tous se tenaient à carreaux. Les escargots avaient invité les papillons au pèlerinage qui venait de débuter.
Martin le siamois en miaulant sa peine, s’était joint à nous alors que croassait Titus. Passant sous les micocouliers, les chenilles étaient au garde à vous, rendant hommage à ce grand chien de garde. Les fourmis ; araignées, sauterelles, mantes-religieuses se tenaient les pattes entre elles. Une trêve en signe de recueillement.
Tous les trois le portaient. Il était si lourd. Pépé tenait les deux pattes avant ; mamie celle de l’arrière droite et Sacha celle de l’arrière gauche. La queue soutenue par les caresses du vent. Le garçon avait trouvé la force en lui, de surmonter cette difficulté en observant la langue fuyante, défigurant la tête pendante d’Igor.
Couché sur son lit de terre, enveloppé tendrement par sa patronne d’un drap terne, Sacha lançait sa gourmette violement vers sa sépulture, aux bruits des pelles remplies de terre, tapant son corps sans vie. Nous ne serons jamais séparés, mon chien, pensait Sacha à cet instant précis.
Tristes, choqués, ils savaient que cette journée ne serait pas gérable. Dans un élan commun, à genoux, ils habillèrent la tombe par des pierres finement choisies, enveloppant le sol élégamment décoré par les fleurs et boutures de la mamie.
Aucun symbole funéraire ne fut planté dans cette terre chaude à qui était confié ce compagnon. C’était leur secret à eux trois et celui du royaume de cet ermitage. Afin d’éviter la visite de quelques charognards, petit Sacha lui tenait compagnie en pleurnichant. Il essaya de s’imaginer ce qui pouvait bien se passer sous ses pieds mais Rose lui avait déjà tout expliqué à sa manière.
-Nin, on nait, on vit, on meurt ! C’est ainsi. Il faut accepter la mort des êtres chers car un jour ce sera la mienne puis la tienne !
Ainsi le départ prématuré d’Igor ne put empêcher les obligations du temps.

Extrait 11 :

Sacha les entendait mais en réalité il ne les écoutait plus. De toute façon, il était si habitué que le contraire l’aurait plutôt inquiété. Il s’y était habitué en vivant avec ce bruit de fond perpétuel qui s’amenuisait avec la fatigue du poids des années.
Hiver comme été, les volets n’étant jamais fermés chez ses grands-parents, le visage de la lune apparaissait avec son habituelle beauté cristalline telle une fée protectrice au-dessus du berceau et elle l’inondait de rêves veloutés tout en l’emportant aux pays des songes. En fait, ce satellite naturel de la terre le surveillait en clignant de son cratère droit, au travers des fenêtres entre ouvertes. Alors, Sacha rabattait délicatement le drap frais et scrutait les hauts de cette montagne aux reflets gothiques et mystérieux.
De son lit, avant de fermer les yeux, il repensait à sa journée. Il se disait que peut-être derrière cet astre se cachait une ombre, celle d’un nain conduisant un carrosse royal qui viendrait l’emporter de son royaume pour une randonnée céleste. Son âme d’enfant était intacte contrairement à la métamorphose de son corps abouti. Il se plaisait à entendre le murmure du silence nécessaire à ses réflexions. Et si la chouette ponctuait cette méditation en attendant le chant du coq, Sacha empruntait la caravelle féerique des rêves et des cauchemars pour une nuit encore ;
Les jours suivirent les nuits laissant Sacha face à son destin. Il ne se rendait pas compte à ces moments de la puissance incontrôlable de l’existence. En effet, le temps qui passe, ne se rattrape guère ; le temps perdu ne se rattrape plus. Les saisons dansent avec les années naufragées ; les larmes des anniversaires marquent les pas de valse de la vie emportant l’enfance, l’adolescence, la jeunesse sous le regard d’impuissance du roi soleil. Douze mois de plus à son compteur de vie soustrayaient inévitablement une année d’existence pour ses aïeux.
La montagne a ses surprises, ses secrets !
La montagne a ses géants ! Sacha l’a bien compris.
Lui, savait pertinemment qu’il en avait connu deux.

Extrait 12 :

A la sortie de la cérémonie nuptiale, la nature entière acclamait son prince, son ami, son confident, son fils de sève. La foule couvrait le couple d’un regard débordant de complicité. Le spectacle était unique, sensuel de par sa simplicité de vérité.
Le soleil et la lune, main dans la main, pleuraient de joie sous l’œil agacé de la chouette. Le vent soufflant son émotion, emportait le chapeau de son père pour le rappeler à l’ordre et poussait les garçons d’honneurs dans les bras de la foule déchainée.
Tous les chênes avaient lâché leurs feuilles en guise de « lancé de riz ». Les fleurs et plantes criaient magiquement en agitant leurs tiges colorées de tulle rose, orange, jaune, mauve, blanc :
Vive la mariée, vive la mariée, vive la reine !!!
Titus à la peau de plus en plus granuleuse et pustuleuse, de sa place d’honneur siégeant dans le carré d’or, applaudissait lourdement.
Les poules, poussins, coq et coquelet tambourinaient au son du vieux chef d’orchestre en la personne de Cheribibi assagi par la sénilité. Les moustiques faisaient office d’harpe, les canards de trompette, les chenilles de violon avec leurs multiples pattes. Le panier rouillé jouait de l’harmonica pour consoler la chatte en pleur avec son gros bouquet de lilas.
Par la pensée, Anémone qui aurait certainement adoré commenter cette cérémonie avec ses amies, était néanmoins présente à ce cortège nuptial. En effet, elle était tombée amoureuse d’un renard de passage au poulailler, à la besace lourde et à la fourrure enchanteresse. Malgré son âge et sa carcasse hurlante de douleur, Anémone n’avait pas pu résister au charme de ce sourire ravageur, aux canines éclatantes de blancheur. Hypnotisée, elle avait disparu avec son amant brutalement dans les buissons d’un avenir sans retour. Elle avait fait la une dans la gazette « infos poularde », avec des avis de recherche mais en vain. Doyenne, ses amis et voisines de la copropriété lui avait rendu hommage puisqu’elle occupait la deuxième caisse de la résidence « poulailler ».
Les mimosas aux cheveux d’ange jaunis s’étaient déplacés pour protéger les mariés du soleil. Le micocoulier préféré de Sacha, tendait sa branche nouée, à la jeune épouse pour l’inviter à poser sa délicate chaussure de cristal sur le tapis du voile de marié aplatis sur la terre, maintenu par tous les insectes du royaume. La traine de la reine d’un jour, en forme d’iris royaux, incrustée de pépites florales, était soutenue par mesdames les guêpes entourées par l’escorte des moineaux. Les souris quant à elles, casque de pompiers en place, aiguilles aux pattes, attendaient un éventuel accros vestimentaire pour intervenir rapidement. Les canaris libres, remplaçaient la chorale de Gospel en compagnie des grillons, criquets, abeilles avec l’accord de Nana toujours en deuil de sa mère. Les vieilles oies en fin de vie, se tenaient l’une contre l’autre, glorifiant avec leurs ailes grisées le jeune couple princier. Les mantes religieuses, célibataires s’étaient rassemblées sur les bancs de la tribune élaborés par les romarins. Il n’y avait pas assez de place pour accueillir les autres sujets invités de sa majesté mais les hirondelles se chargeaient de leur transmettre toutes les informations entre elles par le ciel vêtu d’antennes paraboliques nuageuses. Au milieu des jardins fleuris où volent les jolis oiseaux du paradis, tendrement enlacées, se grisant de baisers, les sternes deux par deux cherchaient les coins les plus ombreux pour proclamer la bonne nouvelle.
Les silhouettes des feux-chiens semblaient participer à cet accueil féérique dans l’ombre des nuages. Ils n’avaient pas été oubliés. Ainsi la jeune mariée berçant entre ses bras couvert de fines dentelles son bouquet champêtre, avait pris une décision par amour pour son époux et par compréhension.
Assistée de Nana, désormais proclamée Dame de compagnie, elle se dirigeait vers un oasis de verdure, se frayant un passage dans la foule hystérique, guidée par ses redoutables gardes du corps au nom de fourmis rouges.

Extrait 13 :

Les scènes de la première et de la seconde partie du film s’alternent, se mixent, se croisent par leur émotion, puis se décroisent par leurs vérités.Les spectateurs se contiennent, se rapprochent, soufflent dans un mouchoir.
Le rêve se mélange étrangement à ce scénario intimiste laissant à chacun une énigme à résoudre face à leur existence.N’avons-nous pas eu à un moment donné eu ou cru dans un royaume aux racines profondes d’évidences étouffées?
A vrai dire, chacun rechigne à soulever ce couvercle. Et quand la force arrive à se concentrer pour le faire, l’esprit se refuse à coopérer. Subitement, l’identification ne fait plus partie de leurs priorités.
Pour l’heure, un homme reprenait conscience.
Et dans un sursaut tempétueux, le spectateur en lui se redressait douloureusement en cherchant sa respiration.
Tout comme d’autres cinéphiles le feraient, il ne put se lever rapidement ; son corps figé dans un cocon laineux de repos, d’épuisement cérébral.
Son émotion maîtrisait ses membres laissant son cerveau orphelin pour un temps.
Il ne voyait rien. Il flottait dans une brune stupéfiante de vérités.Il retrouva un sens en revisitant un immense mur habillé qui apparut dans sa perspective. Alors dans un sursaut tempétueux, il se redressa douloureusement en calibrant la ponctuation de son souffle.
Toute comme une créature semblable à un monde fantastique tel qu’un loup garou, il redevint lui-même ; Le « il » se transformant en « je » !
Je me retrouvais ensommeiller pris dans un vertige invraisemblable de réalité ou d’irréalité? Normalité ou paranormal? Magie ou malice? Ensorcellement ou bénédiction? De toute évidence, ce film me laissa une empreinte dans la sensibilité de ma mémoire.
Accolée à ses peintures et œuvres d’arts diverses, j’observais en fait ma majestueuse bibliothèque ou Zola, Troyat, Giono, Stendal, Maupassant, Levy, Tolstoï, Camus, Baudelaire, Pagnol, Sartre, Musso, Voltaire, Stendhal, Guy Des Cars, et bien d’autres mentors de notre légende littéraire… échangeaient leurs propres histoires.
Ils sont si bavards ces hommes-là.
Deux femmes, tapis par l’ombre de son voisin, ne disaient mot. Colette et Sagan s’ennuyaient, seules dans leur harem d’hommes.
Un reflet d’une lueur filante les caressait en se posant sur eux pour les réchauffer. Tous ces livres ancestraux, mes amis, mes confidents, mes évasions, mes guides, mes sources ! Ceux que je ne possède absolument pas mais qui me possèdent plus exactement.

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A propos de l'auteur : Laurent Cassagne

Laurent Cassagne

Auteur et poète Catalan, fier de ses racines Argelésiennes et Perpignanaises, Laurent CASSAGNE présente son quatrième manuscrit dans lequel l’odeur de la terre montagnarde parfume son écriture. Après un roman intitulé « Un arc-en-ciel nommé Poseidonia » paru en décembre 2013, Laurent Cassagne nous ouvre des portes secrètes ; celles d’un royaume exceptionnel de beauté et chargé d’histoire. L’auteur rend hommage à ses grands-parents et aux transmissions enrichissantes de leurs vies. Main dans la main, la vie de l’auteur marche avec celle de son village d’adoption et caresse le sang de ses aïeux diamantant les roches de "Notre Dame de vie » et ce pour l’éternité.