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Quand votre vue n’est pas celle des autres…

Ebook : 6.90 
Livre Broché : 12.90 

Etre malvoyante dans un monde de voyants, être différente dans un monde où la différence est mal vue, exister en collectivité quand on vous pousse à mal vous y intégrer, vivre dans une société ou tout n’est pas fait pour bien y vivre, vous présente alors la vie comme un combat de tous les jours. De par votre intérieur, vous êtes doté de craintes, de peurs, mais le plus effrayant vient de ce tout ce dont l’extérieur vous renvoie et vous propulse dans les yeux et le cœur. Alors que vous menez à bien votre existence, alors que vous voyagé léger, petit à petit, on vous alourdit vos bagages pour ensuite vous laisser les ranger seule. Votre vie scolaire, votre vie professionnelle ainsi que votre vie sociale sont marquées par le fait de ne pas voir comme les autres, mais votre fort intérieur ainsi que votre vie affective et familiale vous pousse à être comme les autres.

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Extraits du livre

Extraits du livre

  • Page 4

À l’obscurité matinale de l’hiver, à la brume filtrée par les éclaircies printanières, à l’aurore joliment éclairée par le soleil estival ou à la fraîcheur caressant les feuilles automnales, tous les matins, à votre réveil, sans exception aucune et avant même d’avoir ouvert les yeux, vous faites le même geste qui est de chercher sur votre table de nuit, au pied de votre lit ou dans l’étui à cet effet, votre paire de lunettes que vous posez délicatement sur le milieu de votre visage enfantin. Ce geste quotidien est systématique et se présente naturel et inné pour vous. Les personnes que vous connaissez ou que vous croisez sont blondes, brunes, rousses, d’autres portent des lunettes, des grandes ou des petites paires, certaines avec des verres épais et d’autres fins. Cette habitude gestuelle est ancrée en vous tout comme votre génétique. Vous y voyez même de la chance à pouvoir changer les montures tel un accessoire de mode, chose qui était possible après le passage plusieurs fois par an chez le spécialiste, tout comme le faisaient de nombreuses autres personnes. Jusqu’alors, votre vie de petite fille se passe comme la vie d’une petite fille doit se passer, sans interrogation, sans inquiétude, sans crainte ni peur, juste une vie agréable, paisible douce et joyeuse. Pour le moment, rien ne vous laisse croire que vous possédez une caractéristique, une particularité singulière qui vous compliquera l’existence et qui vous obligera à mener sans cesse et sans répit un dur combat. Et puis…

Un jour, alors que je suis encore une enfant, certaines attentions particulières que porte ma famille à mon égard m’interpellent : « Allume la lumière ma puce, tu verras mieux », « Recule toi de la télévision, tu vas te faire mal aux yeux », « Arrête un peu de lire ma chérie, tu vas t’abîmer les yeux », « Viens nettoyer tes verres, tu seras mieux », « Prend soin de tes lunettes, tu en as besoin ». Je suis très honorée de cette bienveillance et je la considère, pour l’instant, comme le résultat de parents prenant bien soin de leur enfant, tout naturellement. C’est très agréable de voir que l’on s’occupe bien de vous. Alors j’apprécie la chance d’être bien entourée et protégée par ma famille. Non pas que ces gentillesses me déplaisent, bien au contraire, mais elles suscitent tout de même en moi une légère interrogation. Mes parents ont eu trois enfants, mon grand frère d’abord, ma petite sœur en dernier, moi en deuxième, et cela, sur quatre années. Nous avons donc peu d’écart d’âge. De ce fait, je ne comprends pas pourquoi je ne remarque pas cette prévenance vis-à-vis de mes frères et sœurs. Je ne me montre pas plus distraite ou turbulente qu’eux et pourtant mes proches prennent des précautions avec moi qu’ils n’ont pas avec eux. Sans connaître pour le moment les raisons de cette différence de conduite, je pressens néanmoins quelque chose d’étrange et curieux que je suis incapable de définir. La vie insouciante d’une enfant fait que malgré cette observation, je ne m’y attarde pas. Les choses se passent ainsi, simplement. Et puis…

  • Page 35

Tout ce long processus, s’étala sur une interminable période de huit mois durant laquelle mes yeux ont dû faire preuve de patience dans l’effort et la douleur. L’effort d’être fortement sollicités quotidiennement devant l’écran d’ordinateur qui, de jour en jour, me paraissait de moins en moins abordable et finissait par me donner l’impression de travailler sur un écran de la taille d’un petit téléphone portable. L’effort de faire mon travail consciencieusement, par moralité et honnêteté professionnelle, mais aussi par la volonté de bien faire pour espérer transformer un jour ce contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. L’effort de garder sourire, gaieté et amabilité sans se plaindre, car j’avais conscience de la chance et de l’opportunité qui s’offraient à moi. Toutes ces violences malgré la douleur. La douleur ressentie dans chacun de mes yeux venant de la profondeur du nerf optique, traversant le globe oculaire, perçant le cristallin, la pupille et se déployant tout le long de la cornée. Cette douleur, qui à force de me chauffer les yeux tous les jours, toutes les semaines, pendant des mois durant, me donna la terrible sensation de me les brûler vifs. Cette dernière me poussa à les fermer, ne serait-ce que quelques secondes, afin de m’apaiser, mais par crainte que ces secondes ne deviennent des minutes et que ces minutes ne deviennent des heures je parvins tant bien que mal à garder les yeux ouverts. J’avais alors l’horrible impression que cela était possible grâce à des allumettes qui, cependant, étaient en train de se consumer. Alors, j’espérais fort, très fort que la situation se règle vite, très vite avant qu’il n’en reste plus que des cendres.

  • Page 61

Une fois la journée terminée, vous voilà installée dans votre lit douillet, disposée à vous relaxer. Enfin, vous allez pouvoir ne plus penser à rien. Eh bien, non, pas encore !!! Une fois que vous êtes parvenue, et non sans peine, à ne plus penser aux obstacles rencontrés dans la journée et que vous réussissez un faire un trait sur le calendrier, votre cerveau ne vous laisse pas encore en paix. Malheureusement, il va bien plus vite que vous ne le voudriez, et vous voilà de nouveau en train de réfléchir, mais cette fois-ci à comment gérer les prochaines difficultés. Très rapidement, toutes sortes de situations gênantes, embarrassantes, voire humiliantes, défilent à grande vitesse dans votre esprit alors que vous êtes doucement en train de tomber dans les bras de Morphée, qui est votre plus grand souhait. Après de longues et interminables minutes, vous vous trouvez presque endormie, mais vos pensées, elles, ne le sont pas encore tout à fait. À présent, vous vous concentrez sur comment trouver l’énergie et la force mentale de continuer à mener ce combat de tous les jours. Les réponses vous viennent promptement. Tout d’abord, parce qu’à partir du moment où vous avez décidé d’avoir une vie familiale, sociale et professionnelle, vous n’avez pas le choix de faire autrement. Le temps s’écoule, la vie passe, vos obligations sont là, vous n’avez donc pas le temps de tergiverser. Cette force n’est pas un droit, mais un devoir, vous vous devez de la trouver, de la conserver et de l’utiliser à bon escient. Ensuite, parce que vous voulez être digne. Vous avez cette fierté qui vous pousse à vous dépasser et à aller de l’avant. Une fierté personnelle mais aussi relationnelle qui vous donne envie de faire bonne figure, même si cela est parfois dur.

Bon, ça y est, vous dormez enfin, ouf ! Mais pas jusqu’au lendemain matin, oh non !!! Ce sentiment de peur ne vous abandonne jamais et même entre deux rêves, aussi doux et agréable soient-ils, il se rappelle à vous.

Détails du livre

Auteur

Adeline Boucher

Version

Ebook Téléchargeable, Livre Papier

ISBN Ebook

978-2-36849-753-1

ISBN Livre

978-2-36849-752-4

Format Livre

110 pages

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A propos de l'auteur : Adeline Boucher

Adeline Boucher

C’est en août 1986, dans une agréable petite ville de Nord-Pas-de-Calais, traversée par les paisibles eaux de l’Authie, qu’elle naquit. Une douce enfance, entourée de son frère, de sa sœur et de ses parents la fit grandir et découvrir le monde. Très tôt, elle fut bercée par le grand intérêt pour la littérature de son grand-père paternelle qui très vite devient un modèle pour elle. C’est donc un chemin d’études littéraires qu’elle parcourut. Au cœur de son cursus, elle recroisa le chemin de son amour d’enfance qui devint son tendre mari. De cet amour naissent deux magnifiques garçons qui créent leur fierté, leur inspiration et leur motivation pour mener au mieux leurs vies. C’est pour eux, pour sa petite famille qu’elle décida d’écrire ce témoignage, car c’est malvoyante qu’elle est née et qu’elle vit.